Nature humaine

Ce billet de Khaos Farbauti Ibn Oblivion au sujet de la publicité sur internet a suscité une fronde à son encontre de la part de certains membres du site (Koreus) qui lui sert d'exemple dans son propos.
Ma réflexion porte moins sur le sujet de "discorde" (mon avis, définitif et peu important, étant : moins il y a de pub, mieux je me porte) que sur la propension de certains de mes contemporains à exécrer la critique dès lors qu'elle remet (ou qu'elle semble remettre) en cause leurs choix.

Tout d'abord, le contexte, en deux mots.
Un quidam (pardon Khaos) ouvre un blog comme des milliers d'autres au moment où l'accès à une page internet personnelle se démocratise.
Comme des milliers d'autres, notre quidam profite de cet espace pour évoquer ses annecdotes, sa vision du monde, ses valeurs, ses certitudes, ce qu'il aime, ce qu'il n'aime pas, etc ... en cultivant l'espoir de partager tout ça avec d'autres quidam(s?). Bref, une démarche, comme pour la plupart d'entre nous, blogeurs, nombrilisto-sociale.
Son blog n'est pas commercial (au sens où il ne cherche pas à vendre quoi que ce soit), et il ne cherche pas, a priori, à attirer son lectorat autrement que par les mécanismes automatisés proposés par l'hébergeur. Bref, il n'est pas prosélitique.
Il n'est pas vindicatif à l'égard de tiers physiques ou moraux, mais défend bec et ongle ses valeurs "a priori" humanistes.

Or donc, voilà qu'il brocarde un site dans un billet qui alimente sa réflexion sur la publicité. En l'occurence, il remet en cause l'utilisation abusive de techniques publicitaires agressives, qui, en plus de polluer la page sur laquelle se trouve l'utilisateur, prend ce dernier pour le dernier des idiots. Et finalement de proposer une solution à son éventuel lectorat afin de ne pas avoir à subir cette pollution.

La réaction des membres ou sympathisants de Koreus est incompréhensible : défense de la publicité (sic), menaces, insultes, sommation de cesser la critique, perception de l'auteur comme d'une menace pour le site. Elle est épidermique , sans argumentaire, a priori fondée sur une seule lecture en diagonale du (et même des) billet(s). Il n'y a qu'une proposition de discussion sur dix-huit commentaires. Les auteurs des commentaires ne semblent avoir retenu qu'une chose : on dit du mal de leur site, donc, on les remet en cause.

Encore une fois, ce qui pose problème, c'est que l'auteur du billet n'a pas pignon sur rue. Le taux de diffusion des blogs me semble a priori trop anecdotique pour parler de "diffusion". Il ne cherche pas à rassembler : si on le lit, c'est bien, sinon, tant pis. Il ne se paye pas une double page dans "Le Monde" ou un site destiné à torpiller les autres. Il ne fait qu'écrire ce qu'il pense.

Et on le conchie pour cela.

Ce genre de réaction pose question :

  • Mon contemporain me laisse-t-il encore aujourd'hui la liberté d'avoir un avis différent du sien ? Ben on dirait que la mode est au non. Bien sûr, il ne s'agit, comme d'habitude, que d'une minorité. Mais si, demain, dans la rue, on surprend une conversation que je peux avoir avec un ami, ou que l'on tombe par hasard sur un carnet de notes, il n'est besoin que d'une minorité pour me mettre la tête au carrée. Et je trouve que, ces derniers temps, il existe une propension certaine à préférer le silence de celui qui n'est pas du même avis.
  • Mon contemporain est-il encore capable de se remettre en cause et de remettre en cause ses certitudes et son environnement ? Ca n'est pas ce qui ressort de la lecture des commentaires du billet de Khaos. Et là aussi, je rencontre de plus en plus d'interlocuteurs qui, non content de camper sur leur position contre vents et marées, ne parviennent même pas à envisager une proposition si elle est négative selon leur échelle de valeur.

L'autre problème, c'est qu'il y a des "inconditionnels" autrement plus passionnés que les membres de Koreus. Donc, ais-je encore la liberté de dire (entre autre) que, bien que je respecte les croyants (tant qu'il ne font pas de prosélitisme), je considère que toutes les religions, dans leur ensemble, ne sont que des outils de contrôle, de pouvoir et d'abêtissement, et que l'humanité se porterait bien mieux sans elles ? Ou même que je suis simplement athée? Bah, franchement, je ne sais pas. Bien que ça ne soit pas une affirmation gratuite et que j'aime beaucoup en discuter, j'ai le sentiment que je trouverai de plus en plus devant moi quelqu'un pour me cracher à la figure sa haine de ce que je ne pense pas comme lui.

Voilà, j'ai relu ce billet; je ne parviens pas à mieux expliquer ce que je ressent. Simplement, voilà, j'ai des enfants. Deux. A qui je souhaite faire passer des valeurs humanistes, un sens critique, le goût de la discussion et l'envie de penser (oui, je sais, vaste programme). Que sera la situation pour eux lorsqu'ils seront en äge de poser un avis critique sur ce qui les entoure ? On les mettra à l'index? On les soumettra à la question?

J'invite tout un chacun à lire ou à relire 1984, de Georges Orwell. C'est un bon crible pour évaluer la société dans laquelle nous évoluons. Par ailleurs, je trouve que la citation de Matrix que j'ai mise en ligne le 08/02/06 s'applique tout à fait au sujet de ce billet.

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