Inéluctabilité ?

Je savais que l'odorat était un puissant moyen pour voyager dans le temps. A vrai dire, je l'ai même expérimenté moi-même, et le parfum "Loulou" (Oui ? c'est moi ...) me transporte encore dix-huit ans en arrière, quand mon Premier Amour avait décidé que ce serait son seul et unique parfum.
En revanche, je ne savais pas que les mots et la musique avaient le même pouvoir. Et un pouvoir encore supérieur, à vrai dire, puisque ce dont je vous parle ici est une chanson très récente : elle n'est pas en elle-même le souvenir; c'est, et c'est là que c'est fort, ce qu'elle véhicule qui est le souvenir (mince, j'aurais juré qu'il était impossible de faire une phrase grammaticalement correcte avec quatre "est" dedans ...)(mais on peut manifestement faire avec une phrase d'un style douteux, voire, lourd ...).

Enfin, bref. Tout ça pour présenter la chanson de Monsieur Bénabar, "quatre murs et un toit".
Je connaissais déjà le gaillard, bien sûr, et j'avais tout de suite adoré sa manière unique (du moins, à ma connaissance) de brosser sur trois ou quatre minutes une tranche de vie ou un sentiment. Une de mes préférées, à part "l'anniversaire", est "vélo", peignant en quelques phrases tellement justes les débuts d'un gamin de cinq ans sans les "petites roues". Tout était là, déjà : les paroles, mais aussi la musique, le phrasé. Tout illustrait le thème.

C'est ce talent que j'ai redécouvert dans "quatre murs et un toit", sauf que là, c'est la grosse claque : sa chanson renvoie à l'époque bénie où j'étais enfant, mais évoque aussi l'inéluctabilité du temps qui passe, et au-delà, la beauté dérisoire de notre "éphémérité".
Ce qui me semblait et me semble encore comme gravé dans le marbre (l'histoire de ma cellule familiale, son évolution, tout ça au-dedans de cette "quatre murs et un toit" qui en est le bienveillant spectateur), toutes les annecdotes que recèlent les murs, toutes les joies et les peines vécues sous ce toit, ben finalement, ça n'existe que dans ma tête, celle de ma soeur et celles de mes parents. Alors, quand tout ce petit monde sera mort, il n'en restera rien.
Exactement comme il le chante, les petits enfants permettront bien sûr un sursis à cette histoire mais après ... l'oubli, la non-existence ...
Même si Bénabar conclut sa chanson avec les fantômes de cette vie si douce au souvenir, ça ne me console pas : les fantômes n'existent pas dans la vraie vie, et de toutes façons, dans le cas contraire, les siens me rappellent cruellement que ce qui a été vécu ne peut plus l'être.

Je voudrais encore pouvoir me plaindre que mon cartable est trop lourd, je voudrais encore entendre ma mère me dire d'arréter d'embéter ma soeur, je voudrais encore pouvoir savourer mon gouter, mais en vitesse quand même pour retourner jouer dehors, je voudrais encore pouvoir découvrir LE site arboricole idéal pour faire une cabane, je voudrais encore pouvoir jouer avec mes camions dans le tas de sable que mon père a fait livrer dans la cour pour agrandir la terrasse, je voudrais ... je voudrais ... je voudrais ...

Voilà ce que m'inspire cette chanson, donc.
Au-delà des paroles, j'y entend aussi la musique qui pour moi illustre le temps qui passe, et le phrasé du chanteur plein de mélancolie, mais une mélancolie souriante, bienveillante, qui dit que tout ça, malgrè l'oubli innévitable, et ben c'était important.
Toutefois, si lui sourit en la chantant, je pleure encore systématiquement en l'écoutant (sensibilité de merde ...).
Ca n'est pas de vieillir qui me fait pleurer ; c'est de savoir (et de m'entendre chanté) que l'insouciance de l'enfance, c'est fini.
Définitivement.

Quatre murs et un toit, les paroles.

P.S.: Je ne peux que vous conseiller d'acquérir le dernier album de Bénabar (qui est comme le vin : il est déjà bon au départ, mais il bonnifie avec les années ... (et si vous n'avez pas encore les précédents, dépéchez-vous !)). Le titre de l'album en question : "Reprise des négociations"

Commentaires

1. Le lundi, octobre 23 2006, 16:13 par Khaos Farbauti Ibn Oblivion

Méfiance, car cette mise à disposition de musique est de nos jours à la limite du légal (en fait non, elle est au délà de la limite) grâce en soi rendu à nos legislateurs.

2. Le mardi, octobre 24 2006, 09:35 par KannTo

Bah, oui ... et comme je fais attention à mes pressentiments, je le laisse encore ce matin, et je le dégage ... fait chier, tiens ...

3. Le mardi, octobre 24 2006, 13:40 par KannTo

Ah y est, viré ...
Un lien pour les paroles, pour remplacer

4. Le mardi, octobre 24 2006, 14:42 par tsuki_c

ah je peux enfin laisser un com...

pas très au point monblog depuis hier !

bon du coup j'ai po entendu la chanson moi :-(

>sensibilité de merde ...

ne t'en plains pas c'est aussi pour ça qu'on t'aime !

5. Le mercredi, octobre 25 2006, 20:18 par Spy

Nous avons au moins les mêmes références :-)

J'adore cette chanson mais ma préféré sur reprise des négociations reste quand même "Qu'est ce que tu voulais que j'lui dise ?"

Les 3 albums que je m'écoute en boucle depuis maintenant 1 mois... Je connais les chansons par coeur.

Ps : Ami Kannto... - 2k 750 depuis le début du défi... J'epsère que tu tiens la cadence !

6. Le dimanche, octobre 29 2006, 02:28 par KannTo

Tsuki_c > j'espère que tu auras apprécié :-)

Spy > boah, en fait, je narrive pas à ne pas aimer les chansons de ce type. En même temps, avec "Qu'est ce que tu voulais que j'lui dise ?", je trouve que son album est pas mal pessimiste, par rapport aux précédents. Je le pressens (Bénabar) comme une grosse référence dans 20 ans, niveau paroles, un peu comme Brassens avant lui ...
Sinon, le défi... en attendant le billet que je dois faire dessus, voici les dernières nouvelles :
Alors, sans comp... ...t les an..., il se tr... ... j'.. ....du envi... ...... Kgs ! J'a... ...te ...
(merde, je crois que je suis passé sous un tunnel :-) )

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