Novembre

Tiens, vu que j’ai un million de choses à faire, voici que point l’inextinguible besoin de (peut-être) écrire un (peut-être) petit billet impromptu qui (et je m’adresse à mon moi du futur (coucou toi !) qui relira une énième fois ces pages et ne se rappellera sans doute pas ce qui me passe actuellement par la tête) aura surtout pour vocation de pointer un changement, anecdotique certes, mais remarquable tant il me permettra, si d’aventure je devais être confronté à nouveau à cet achoppement (et je le serai, je n’en doute pas), de constater qu’il est possible, si ce n’est de l’éradiquer, en tout cas de le moins subir, et, partant, de retrouver la tournure d’esprit propre à m’en éloigner, ou pour le moins de retrouver espoir.

[Edit du moment où je le poste : Ah ben non, il est pas petit, finalement, désolé ^^]
De manière surprenante, ce mois de novembre n’a pas l’impact délétère des années précédentes.

Pour situer, disons que ça fait, ouh ! au moins 10 ans, ça nous rajeunit pas ça Madame !, que les mois de novembre, petit à petit, deviennent pour moi des trous noirs dépressifs, pour culminer (ce qui n’est pas banal pour un abîme, vous en conviendrez) il y a deux ans et s’exprimer en un marasme duquel il m’avait fallu plusieurs mois pour en sortir.
Déprime saisonnière somme toute courante et partagée par beaucoup de monde, mais déprime lourde et impactante puisqu’augmentée de tous mes défauts d’organisation, de procrastination, de boulimie, toussatoussa, mais aussi d'une sur-sensibilité aux maux du monde et à la conscience du mur vers lequel d'aucuns nous précipitent, qui influait énormément sur l’après, quand ça allait mieux : retard dans le boulot, retard de sommeil, retard dans les choses à faire dans la maison, moins de temps pour moi, moins de temps pour les enfants, la course tout le temps et ce que ça implique de mal-être.
Plus important me concernant, j’ai toujours la crainte que cette fameuse déprime saisonnière soit la backdoor qu’utiliserait la dépression, celle d’il y a 15 ans, pour revenir me pourrir la vie.

L’année dernière, j’étais parvenu à atténuer les effets de cette période. Je m’y étais préparé mentalement en l’acceptant (c’est con, hein ?). Et ça avait plus ou moins marché, comme quoi, le chêne et le roseau, hein, ben voilà.
J'avais aussi fait une plongée dans les archives de ce blog, et sans mettre de côté un effet Narcisse, je crois que c'est le côté doudou/cocon des amitiés virtuelles qui m'avait aidé à me préserver.
Ceci étant, la déprime était quand même là, et bien que moindre, son impact était resté prégnant.
Cette année, je l'ai vu arriver avec appréhension, ce mois de novembre. Beaucoup d'appréhension.

Et finalement, ça va pas si mal. C'est pas que ça va complétement bien, hein, mais ... ça n'a clairement pas le même niveau que les années précédentes. En fait, j'ai presque l'impression d'avoir crié avant le coup, et j'hésite entre m'en trouver con et m'en réjouir.
D’ailleurs, tous les matins, ou presque, je ne peux que m’étonner que ça aille plutôt bien.

Pourtant, octobre avait été moyennement sympa sur la question de la préparation à novembre : deux décès brutaux dont un suicide, le retour du crabe dans ma famille proche, des attitudes détestables de la part de la hiérarchie concernant une jeune collègue, un nouveau n+1 dont je me méfie comme ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé, une mission professionnelle qui m’inscrit dans Le Système, qui demande beaucoup d’énergie et que je vis moyennement bien, …
Bref, tout semblait réuni pour aborder novembre dans le pire des états d’esprit (et je m’adresse à nouveau à mon moi futur: du coup, tu peux relativiser ce qui t’arrive maintenant ^^).

Alors, qu’est-ce qui est différent des autres années ? Qu’est-ce qui permet à mon psychisme d’être plutôt dans le positif ?

Ben tiens, je vais faire une liste des choses nouvelles qui entourent cette période habituellement honnie:

  • Le temps : Clairement, je n’ai pas le souvenir d’un mois de novembre aussi lumineux et aussi peu pluvieux. Je constate depuis 4 ou 5 ans que je suis particulièrement sensible au temps (s’il fait beau, je peux avoir dormi trois heures, j’aborde toutes les contrariétés avec le sourire ; s’il pleut, il y a de forte chance que je sois incapable de me réjouir d’avoir gagné au loto (si j’y jouais)). Alors les journées sans le gris plombé de la fin d’automne du nord de la France, forcément, ça doit jouer.

  • Twitter : au-delà des grands anciens qui se reconnaitront (et qui méritent ce qualificatif, même si je suis plus vieux (voir beaucoup plus vieux) qu’eux, et même s’ils sont tout sauf maléfiques), je fais partie d’une (toute) petite communauté (au sens tout relatif de communauté sur Twitter ^^) que j’aime beaucoup beaucoup, avec qui je tape de bons fou rire et qui sait être présente (au sens tout relatif de Twitter, encore une fois, mais qui me convient) quand j’exprime un quelconque mal-être (J’en profite pour faire passer un message de service, si d’aventure vous lisiez ces lignes : vous êtes géniales et géniaux, tout le temps).
    A ça, il convient d’ajouter le constat que permet Twitter de n’être pas tout seul avec sa perception et son analyse du monde. Nous ne sommes pas encore assez, mais ça fait du bien de ne pas être isolé.

  • Le NaNoWriMo : Le plus important à retenir, c’est quand même l’acte de création : c’est vivifiant, c’est gratifiant, ça rend vivant. Et ça me permet de me confirmer que j’ai besoin de créer pour aller bien, hypothèse que j’avais mise de côté il y a quelques temps.
    Même si je n’ai pas écrit depuis 10 jours (shame ! shame !), ben, j’ai quand même écrit pendant 10 jours ^^. 10000 mots, très loin de l’objectif du challenge et avec une certitude que c’est désormais illusoire de penser être en mesure d’y parvenir, mais avec une vraie satisfaction malgré tout. Je n’avais jamais produit autant, encore moins sur ce roman (ça fait présomptueux, mais vu l’histoire que j’ai en tête, ça ne pourra pas être une nouvelle) qui me hante depuis 15 ans. J’avais essayé, à l’époque, mais c’était absolument catastrophique et je n’avais pas dépassé une page manuscrite.
    Là, je considère le challenge comme une opportunité pour m’y mettre sans en avoir l’air, et j’ai eu le plaisir de retrouver des nœuds que j’avais oubliés et de constater que niveau style et capacité d’écriture, 15 ans de lectures supplémentaires, ça joue beaucoup. Bref, alors qu’en m’y mettant, je craignais de me heurter à ma procrastination et au sentiment de culpabilité qui va avec, c’est une vraie fierté. Et je n’abandonne pas le challenge (je ferai ce que je peux) et, plus important encore, je n’abandonnerai pas cet écrit.

  • Le sport : Je fais du Kung Fu (Mansuria rules !). C’est ma 4ème saison. Je suis loin d’avoir un bon niveau et je progresse à mon rythme. Ceci étant, je suis trop vieux pour me laisser aller au rêve d’être le nouveau Bruce Lee, et je ne cherche rien d’autre que ce que cet art martial, enseigné dans cette école, me propose : un style très préservé, très entier, avec un maître qui n’est qu’à trois relations du fondateur (qui date quand même de la dernière dynastie chinoise (Tiens, si ça t’intéresse, tu peux jeter un œil à la page wikipedia, où mon maître est évoqué ^^)(J’en ferai peut-être un billet plus tard)(Haha)), des valeurs simples et fortes, un sport vraiment complet, la possibilité d'avoir un niveau de guedin si on s'en donne les moyens (No Pain, No Gain) et une ambiance familiale. Au bout de trois ans, mon introversion est enfin à l’aise avec ce groupe, et j’y trouve une «camaraderie» que je n’étais parvenu à trouver dans aucune autre activité, et, du coup c’est porteur, quand ça va pas fort.
    Accessoirement, je pense que mon corps a besoin de cet effort hebdomadaire pour secréter ce qu’il faut pour être mieux dans ma tête (endorphines rules !).

  • Le JdR : Ici encore, c’est la notion d’appartenance à un groupe (réel ET imaginaire) qui est porteur. Il y a des fois où je suis moins dedans (voir pas du tout, encore désolé pour cette session où je n’ai rien entendu, c’est hallucinant), mais l’évasion proposée par le surtalentueux MJ et la qualité des autres joueurs sont des éléments de ce rendez-vous hebdomadaire qui me maintiennent à flot.

  • Paradoxalement, une évolution de mon boulot : je suis amené à me déplacer dans le département, très régulièrement, lors de concertations que j’ai provoquées, pour rencontrer des partenaires autour de situations médico-sociales complexes et pour lesquelles nous devons trouver ensemble une solution. Là, je ne sais pas si c’est la responsabilité (relative mais quand même) que ça représente (repérage des situations, choix des partenaires, qualité d’expert aux yeux des partenaires, …), le fait de sortir du bureau, ou tout simplement la nouveauté, qui influent sur mon moral. C’est d’ailleurs assez bizarre, car je garde tous mes défauts d’organisation et j’ai un boulot assez important de préparation et de suite qui ne laisse pas de me paniquer, sans compter le fait que clairement, c’est cette mission qui me transforme en Agent Du Système.

  • Le fait que «Je m’en fous» : je tache de ne pas accorder plus d’importance que ça aux choses contrariantes. C’est une gymnastique délicate car il ne faut pas non plus les oublier complétement puisqu’elles doivent être résolues.


Voilà, à froid, ce qui est nouveau en ce moment.

Ceci étant, tout n’est pas rose. Elle est là, la déprime, à la périphérie, qui toque parfois à la porte. Elle a des relents de dépression, de celle dont je me souviens les symptômes.
Et puis, il y a la fatigue, parce que je ne vais pas me coucher (et ça, c’est un purin de talon d’Achille, le sommeil), il y a la boulimie tard le soir, il y a la procrastination (de celle qui me fait écrire ce billet, par exemple -_-¨ ).
La différence, c’est que je parviens à maitriser tout ça, ne pas le laisser m’envahir, et je la maintiens à distance, cette déprime.

C’est d’ailleurs très bizarre: je me surprends à crier ou à pleurer dans ma tête pour me rendre compte aussitôt qu’il n’y a pas de raison et que ça cesse ; comme si mon inconscient voulait que je me vautre dans le noir et que mon conscient lui répliquait «non non, là y’a du blanc, pis là aussi, pis là. Ouais, globalement, c’est franchement clair, ça va plutôt bien», et que l'autre se calmait.

Bref, je crois que j’ai fait le tour de ce que je voulais en dire. Juste peut-être finir sur un conseil à mon moi de maintenant : couche-toi tôt ce soir, récupère du sommeil, tout ça reste fragile.

Alors, est-ce qu’il m’aura fallu atteindre la moitié de ma vie pour être capable de faire face à ça ? (Ça restera une question purement rhétorique, hein ^^)

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