Or fade in ?


C’est marrant, ce sentiment de ne plus avoir rien à dire. C’est un peu flippant, bien sûr, mais comme c’est un sentiment qui s’accompagne d’une sorte de détachement et d’une perception brumeuse du quotidien, ça reste gérable.

En fait, en vrai, ça me fait tiquer quand même, vu que j’associe ce constat au fait de vieillir et d’approcher dangereusement des 40 ans. En d’autres termes, de devenir vieux. De ne plus être celui qui avait pris à 16 ans la décision de ne pas vieillir. D’accéder à l’âge adulte. De devenir un vieux con.

Le problème, c’est que ne plus avoir rien à dire, c’est peut-être ne plus avoir de réflexion sur tout et rien. Ne plus avoir de réflexion sur soi. Ne plus se remettre en cause. Avoir un avis définitif sur tout et considérer que les autres avis, c’est de la merde.
Et finalement, c’est ça, être un vieux con, non ?

Mais ne plus avoir rien à dire, c’est aussi subir le quotidien, les évènements, sa vie. La vie.
C’est vivre sans être en mesure de savourer ce temps a minima, d’en extraire la substantifique moelle qui tend, seule, à justifier cet accident qu’on appelle existence.

En d’autres termes, j’ai le sentiment de ne servir à rien. Pas dans la société du moment, hein ; là, je sers à quelque chose, j’ai une place. Mais qui ne sert, fondamentalement, à rien.
En fait, je ne me sers à rien.

Pourtant, et ça pourrait être paradoxal, je progresse vers l’état dans lequel je souhaitais être quand j’avais une vingtaine d’année et que mes petits démons personnels me faisaient pleurer, crier et saigner dans ma tête.
Je regardais mes con-temporains/disciples, et je les enviais à en crever de, manifestement, ne pas penser. C’était forcément pour ça que eux, ils ne pleuraient pas, ils ne criaient pas, ils ne saignaient pas dans leur tête.
Je voulais ne plus penser. J’aurais signé sans problème et des deux mains pour être transformé comme dans « L’invasion des profanateurs ».

Je devrais être heureux. J’y suis.

Mais voilà. Être dans cet état de lobotomie sociale (ou le frôler tout au moins), je ne suis pas sûr que ce soit si bien que ça, finalement.
Mes affects, qu’ils soient positifs ou négatifs, sont réduits au strict minimum. Je me réjouis d’une forme de consumérisme, coincé dans un paradigme que j’ai renoncé à combattre et que, malgré la conscience que je peux encore avoir de sa réalité, je parviens de moins en moins à percevoir.

J’y perds mon individualité. Je meurs.
J’ai quasiment finit de me vendre à moi-même et de céder mon immortalité contre ce sentiment de non-vie, tellement confortable et tellement creux.

Ce qui est flippant, c’est qu’avoir conscience de ça, ce n’est pas suffisant.
J’ai longtemps été convaincu qu’il suffisait de connaître le mécanisme psychologique d’un biais, d’un défaut ou d’un dysfonctionnement social pour qu’il disparaisse, mais en fait, la deuxième condition sine qua non, c’est d’avoir envie de changer cet état de fait.

Alors, de quoi ai-je envie ?
Finir de m’abîmer (dans les deux sens du terme) dans cette apathie mentale ou en sortir, la combattre pour Vivre, au risque de me remettre à pleurer, à crier et à saigner dans ma tête ?

Et surtout, y a-t’il un entre-deux ?

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